
Lorsqu’on demande aux entrepreneurs ce qu’ils croient être le secret du succès en affaires, ils répondront invariablement qu’avant toute chose, il faut une bonne dose de persévérance. Rien de plus vrai dans le cas de Martin Lacasse, qui a subi plus d’un revers dans sa longue carrière d’entrepreneur.
Comptable agréé de formation, M. Lacasse œuvre pendant deux ans au sein de Deloitte et Touche à Ottawa, et ce, alors qu’il n’a toujours pas reçu de titre. «À deux reprises, j’ai échoué l’examen de l’Ordre des comptables agréés du Québec. J’ai finalement obtenu mon titre après le troisième essai. Comme entrepreneur, il faut en tirer une leçon : il faut toujours persister si l’on veut réussir. »
L’homme d’affaires opère aujourd’hui trois succursales de la bannière Rona L’entrepôt, réparties dans différents secteurs de la ville, soit Aylmer, Hull et Gatineau. Tout dépendant des saisons, l’entreprise compte jusqu’à 500 employés ou plutôt, des partenaires comme on les appelle chez Rona L’entrepôt. « Je fais partie de la vague d’entrepreneurs qui, dans les années 1990, ont bâti la chaine. Nous l’avons fait passer à un niveau supérieur à ce qu’elle était dans le passé. »
Dès l’âge de sept ans, Martin Lacasse met la main à la pâte dans la petite quincaillerie de son père, acquise en 1973 dans le secteur Aylmer. L’entreprise se trouve à l’heure actuelle sur le chemin McConnell. La famille devient propriétaire d’une seconde quincaillerie en 1980, sur le boulevard St-René Ouest, dans le secteur Gatineau.
« Quand j’étais tout petit, je vendais des clous aux clients les weekends. Plus tard pendant les vacances estivales, je servais la clientèle au comptoir des matériaux en plus d’effectuer des livraisons », se remémore M. Lacasse.
Voulant laisser place à la relève familiale, le père de M. Lacasse cède la quincaillerie de Gatineau à son fils Martin, alors que celle d’Aylmer est cédée à sa fille Josée. Il quitte définitivement la barre de l’entreprise en décembre 1996. « Jusque là, c’était toujours très rassurant d’avoir mon père dans un bureau voisin, à quelques pas du mien. Son départ m’a toutefois permis de constater que j’avais pris du galon avec les années et que j’étais en pleine possession de mes moyens. »
La concurrence montre ses crocs!
L’entrepreneur encaisse un premier coup dur en 1998, lorsqu’entre en scène un concurrent majeur dans la région : une succursale du quincailler Réno Dépôt s’établit dans le secteur Hull. S’ensuit une réelle guerre de prix, à l’issue de laquelle Rona L’entrepôt a perdu une bonne partie de sa rentabilité. « Je me suis carrément retrouvé les deux genoux par terre », raconte-t-il.
En 2001, le géant Home Dépôt ouvre un commerce dans le secteur Gatineau, à un jet de pierre de son magasin. Heureusement, les pertes appréhendées ne se sont jamais concrétisées. « Home Dépôt n’a fait que récupérer la clientèle gatinoise qui fréquentait habituellement une autre succursale de cette quincaillerie à Ottawa. »
C’est par pur hasard que M. Lacasse apprend qu’un terrain commercial est disponible dans le secteur du Plateau à Hull. Le hic, c’est qu’il est déjà convoité par son concurrent Home Dépôt. Sans perdre une minute, l’homme d’affaires dépose une offre d’achat, damant ainsi le pion à l’autre acheteur. La grande ouverture du nouveau magasin Rona L’entrepôt à Hull a lieu en février 2005. Au même moment, Martin Lacasse acquiert la succursale de sa sœur dans le secteur Aylmer.
« Tout le monde me voyait comme un visionnaire, parce que j’avais pressenti que le développement de la ville de Gatineau se ferait vers l’Ouest », explique-t-il. « Mais cette aventure a été plus hasardeuse que prévu. De 2005 à 2009, la rentabilité n’était pas au rendez-vous. » Les projections de revenus annuels avaient été établies à 32 millions de dollars, alors que les recettes atteignaient à peine les 23 millions. « Tout ce que je gagnais au commerce de Gatineau, je le perdais dans celui du Plateau. »
Un passage obligé
Consommation, dépression, mélancolie… L’homme d’affaires a eu l’impression d’atteindre le fond du baril. Si bien qu’en 2009, il quitte ses fonctions pendant quelques mois, question de se refaire une santé mentale. « J’ai constaté que je cumulais trop de fonctions avec mon entreprise et dans la communauté. J’ai dû apprendre à déléguer. »
Comme le dit le vieil adage : jamais deux sans trois. En 2011, après les travaux d’agrandissement de sa succursale de Gatineau, Martin Lacasse subit un nouveau revers financier. « Dame nature nous a envoyé trois mois de pluie à partir du mois de mars 2011 et pour un commerce de rénovations, ce n’est pas une bonne nouvelle », souligne l’entrepreneur.
Ses dettes s’élèvent à quelques dizaines de millions de dollars. Cet homme d’affaires accompli, alors âgé de 46 ans, doit obtenir l’appui financier de son père. Heureusement, la rentabilité est à nouveau au rendez-vous l’automne suivant et le remboursement de sa dette est loin d’être un défi insurmontable.
A-t-il l’intention de s’arrêter là? Nenni! Martin Lacasse persévère. En 2010, il fait l’acquisition d’une des rares parcelles de terrains commerciaux disponibles dans le secteur Buckingham, en vue de construire un quatrième magasin. L’ouverture est prévue pour l’année 2015. « Après ce projet, je vais me concentrer sur la consolidation de mes acquis, préparer la relève familiale et bâtir une autre entreprise dans l’immobilier », promet l’homme d’affaires.
Infos pratiques
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Pourquoi avez-vous choisi de démarrer votre entreprise?
J’avais le choix entre poursuivre ma carrière chez Deloitte et Touche, ou de prendre les rênes de l’entreprise familiale. J’ai choisi la seconde option parce que j’avais envie de devenir propriétaire. Je voulais être seul maître à bord et avoir une certaine liberté d’action.
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Pourquoi Gatineau?
Mon père possédait déjà deux succursales à Gatineau. J’ai simplement choisi de poursuivre le développement du marché.
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Selon vous, qu’est-ce qui avantage Gatineau par rapport à Ottawa?
Gatineau se trouve dans un marché que je connais bien et je suis plus familier avec la population locale, qui est de culture latine. Ottawa se distingue à ce niveau. Voilà pourquoi je n’ai pas encore songé à percer ce marché.
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Quels sont les avantages d’être à son compte?
L’avantage principal pour l’entrepreneur est la liberté qu’il possède en matière de prise de décisions. Par contre, cette liberté s’accompagne d’une très grande responsabilité. J’ai aussi une immense responsabilité face à mes employés. Voilà pourquoi en 2011, je n’ai fait aucune mise à pied, malgré les problèmes financiers qui pesaient sur mes épaules.
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Qu’est-ce qui vous a le plus surpris du monde des affaires?
Les gens d’affaires ne font pas suffisamment de réseautage entre eux. Les jeunes, surtout, ont tendance à ne pas oser approcher les entrepreneurs aguerris lorsqu’ils vivent des difficultés. Je suis souvent surpris de constater qu’on ne m’appelle pas, compte tenu de tout mon bagage d’expérience.
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Quels sont les éléments qui font en sorte que vous connaissez du succès en affaires?
Très humblement, c’est parce que je suis un leader et que j’arrive à transmettre mon énergie à mes équipes. Bien qu’une équipe sans leader ne soit pas une réelle équipe, je suis entouré de gens beaucoup plus compétents que moi dans chacune des disciplines de mon entreprise.
Je m’assure par ailleurs que chacune de mes décisions soit prise au bénéfice des employés et des clients.
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Quelles ont été les plus grandes difficultés rencontrées et comment les avez-vous surmontées?
Pendant longtemps, j’ai tout voulu faire seul et la charge de travail s’est avérée beaucoup trop importante pour moi. Cette façon d’agir a été lourde de conséquences : j’ai vécu des épisodes de dépression et de toxicomanie. Essentiellement, c’est la vie qui m’a permis de surmonter ces difficultés. À un certain moment, j’ai tout remis en question et j’ai dû apprendre à déléguer.
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Qu’est-ce que ça prend pour réussir en affaires aujourd’hui?
À mon avis, la clé du succès en affaires se résume en cinq mots : communication, consultation, validation, humilité et honnêteté.
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Quel conseil donneriez-vous aux gens qui songent à démarrer leur entreprise?
Je leur dirais « Go! » Mais assurez-vous d’être bien entouré avant de passer à l’action.
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Quelle a été la contribution de Développement économique – CLD Gatineau?
J’agis à titre de président du comité d’investissements de DE-CLDG. Cette fonction me donne continuellement l’occasion de rencontrer de nouveaux entrepreneurs, d’être au fait des nouvelles idées qui circulent et des nouveaux marchés qui se développent. Je m’abreuve des expériences de vie de tous les gens d’affaires que j’y côtoie, ce qui me passionne au plus haut point.
À titre de trésorier de l’organisation, je m’assure que toutes nos décisions permettent de dégager le plus d’argent possible en vue du développement économique de notre région.
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