Jacques Bertrand

Jacques Bertrand, directeur général et fondateur de La Relance, a démarré son projet d’entreprise en 1982, après avoir été mis au chômage lors d’importantes coupures de postes imposées par le gouvernement provincial. Psychologue de formation, il œuvrait alors en protection de la jeunesse. Plus tôt dans sa carrière, il a occupé un poste d’éducateur dans un Centre jeunesse.

Sans emploi, Jacques Bertrand se met alors en tête de créer un organisme qui alliait « l’économie » au « développement social ». « Je voulais avoir un certain contrôle sur les méthodes employées avec les jeunes aux prises avec des problèmes ou des comportements particuliers. Selon moi, il fallait les intégrer à un milieu de travail concret, et je ne voulais plus me buter à la machine gouvernementale pour mettre en pratique mes idées », explique-t-il. « Mon but était aussi d’améliorer les stages en entreprises offerts aux étudiants. »

À l’époque, l’idée d’intégrer des déficients intellectuels ou d’ex-détenus dans un milieu de travail était fort inusitée. Si bien qu’il a dû faire preuve de beaucoup de ténacité pour rallier des partenaires àce projet novateur. Malgré les embûches, La Relance Outaouais est devenue, dès 1983, la première entreprise d’insertion au Québec. Aprèsbientôt 30 ans d’opération, il est surprenant de constater toute l’étendue de ses activités.

L’économie au service du développement social

La Relance Outaouais est un organisme d’insertion en emploi qui offre une panoplie de services, destinés non seulement au grand public, mais aussi à des personnes qui éprouvent des difficultés particulièresà accéder au marché de l’emploi. Qu’il s’agisse de nouveaux diplômés, de personnes vivant avec un handicap ou d’individus qui présentent des problèmes de comportement ou d’apprentissage, une aide bien spécifique leur est offerte à travers la dizaine de programmes mis sur pied par l’organisme.

La Relance Outaouais opère en outre sept PME dans la région, ce qui facilite les efforts d’insertion de la clientèle. Chaque année, des centaines de personnes y acquièrent une expérience de travail concrète qui leur permet de s’intégrer plus aisément au monde du travail.

Aujourd’hui, La Relance compte quelque 160 employés et réalise un chiffre d’affaires qui dépasse les 10 millions de dollars annuellement. En 2010, 787 personnes ont bénéficié des programmes d’insertion en emploi.

Sept entreprises d’insertion en Outaouais

En 1983, Jacques Bertrand mettait sur pied la première entreprise de l’organisme. Il s’agissait d’une station-service Gulf dans le secteur Hull. Cette entreprise a plus tard fermé ses portes pour laisser place à la station Ultramar, à l’angle des boulevards Saint-Raymond et St-Joseph, ainsi qu’à la bannière de pièces et mécanique Autopro qui y est rattachée. Au fil des années, de nombreux jeunes y ont effectué un stage rémunéré dans le domaine de la mécanique à la fin de leurs études.

Avec le temps, Jacques Bertrand a créé toute une série d’entreprises ayant pour mission à la fois le développement des affaires et l’insertion en emploi :

  • Lave-auto F1 sur la rue Lois à Hull (1984).
  • Le service d’entretien ménager commercial Hebdo ménage (1986).
  • Le Service technologique La Relance, qui assure la remise à neuf de vieux ordinateurs qui seront redistribués dans des écoles à travers le canada (2001).Transport La Relance, qui assure la cueillette des dons d’ordinateurs en vue de leur reconditionnement (2005).
  • Valoritec, qui récupère de façon écologique la matière non fonctionnelle des ordinateurs remis à neuf (2007).

Souvenir unique est la plus récente entreprise de La Relance. Acquise au printemps 2010, elle fabrique des objets souvenirs à partir du cuivre récupéré lors du remplacement du toit du Parlement d’Ottawa. Un second volet y a été rattaché, soit la fabrication d’urnes funéraires en bois, destinées tant aux humains qu’aux animaux. L’entreprise emploie des personnes ayant une déficience intellectuelle.

« Il ne faut pas se méprendre. Même s’il s’agit d’entreprises d’insertion, les standards sont très élevés », insiste M. Bertrand.

Après l’économie et le développement social, Jacques Bertrand cherche désormais à intégrer efficacement l’environnement et le développement durable au sein de toutes ses entreprises.Il s’agit assurément d’un autre des défis qu’aura à relever La Relance au cours des années à venir.

Infos pratiques

Questions - réponses

  • Pourquoi avez-vous choisi de démarrer votre entreprise?

    Lorsque j’étais éducateur dans un Centre jeunesse, je me suis souvent buté aux administrateurs lorsque je tentais d’engager les clientèles dans des activités concrètes. Je croyais fermement à mes méthodes et j’ai voulu les appliquer sans contraintes. C’était aussi une façon pour moi d’allier l’économie au développement social.

  • Pourquoi Gatineau?

    Je suis originaire de Mont Saint-Grégoire en Montérégie, mais comme j’ai fait mes études à l’Université d’Ottawa, j’étais déjà bien établi dans la région. Si j’ai choisi de démarrer mes activités sur la rive québécoise, c’est simplement pour être en mesure de travailler en français.

  • Quels sont les avantages d’être à son compte?

    Dans mon cas, celam’a permis d’avoir le plein contrôle de ma démarche, sans avoir à me buter à l’énorme machine du gouvernement. Ça m’a surtout permis d’innover.

  • Qu’est-ce qui vous a le plus surpris du monde des affaires?

    Certaines personnes sont prêtes à faire n’importe quoi pour l’argent. Mais à l’inverse, il existe une entraide extraordinaire entre gens d’affaires. Plusieurs personnes du milieu des affaires de la région m’ont donné un sérieux coup de main lorsque j’ai eu à naviguer dans des secteurs d’activité qui m’étaient peu familiers.

  • Quels sont les éléments qui font en sorte que vous connaissez du succès en affaires?

    J’ai su développer une vision globale du fonctionnement d’une entreprise, peu importe laquelle. D’ailleurs, en 1988, j’ai développé le système de gestion Humaprise, qui permet aux gens d’affaires de mieux jouer leur rôle d’entrepreneur et d’accroître la rentabilité de leur entreprise. Plusieurs gestionnaires l’utilisent toujours aujourd’hui.

  • Quelles ont été les plus grandes difficultés rencontrées et comment les avez-vous surmontées?

    De 1998 à 2000, nous avons embauché un directeurgénéral adjoint dans le but de lui déléguer la gestion opérationnelle de nos activités. Ses méthodes ne cadraient cependant pas avec notre modèle d’entreprise. Résultat : au bout d’un an et demi, nous étions déficitaires. Nous avons réussi à remettre l’organisation sur les rails et aujourd’hui, nos actifs nets s’établissent à 2,8 millions de dollars. Dans le futur, La Relance devra faire face à un sérieux défi en ce qui concerne la relève au niveau de la gestion. La personne en poste devra avoir une bonne connaissance de divers secteurs d’activités, car elle devra savoir négocier autant avec les recycleurs qu’avec les ébénistes! Elle devra par ailleurs faire respecter les normes mises en place par chacune des entreprises. Autant dire qu’il s’agira d’une perle rare!

  • Qu’est-ce que ça prend pour réussir en affaires aujourd’hui?

    Il faut être tenace. En 1982, lorsque je planchais sur mon projet d’entreprise, les centres d’insertion en emploi n’existaient pas. Il m’a fallu être créatif et patient avant d’obtenir le feu vert des partenaires financiers. Aujourd’hui, un programme gouvernemental s’inspire du modèle de La Relance Outaouais.

  • Quel conseil donneriez-vous aux gens qui songent à démarrer leur entreprise?

    Si vous avez suffisamment confiance en votre projet, osez suivre votre instinct. Aussi, ne reportez jamais à demain, ce qui peut être fait aujourd’hui!

  • Quelle a été la contribution de Développement économique – CLD Gatineau?

    DE – CLDG a cru en nos projets. Les intervenants ont été d’un appui crucial pour Valoritec et Souvenir unique lorsque nous les avons mis sur pied ces dernières années. Les commissaires au développement ont toujours cherché des solutions aux difficultés que nous avons rencontrées. Je dois aussi souligner l’appui de Développement économique Canada, d’Emploi Québec et de Ressources humaines et Développement des compétences Canada dans tous nos projets.

 

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